Nous sommes quatre étudiants en master de biologie marine et nous nous sommes réunis autour de ce projet sur les Aires Marines Protégées (AMP), dans le cadre de notre formation. Nous nous sommes penchés sur ce projet afin de comprendre les enjeux et les objectifs de ces zones de conservation marine. Cet article vous propose de découvrir les AMP, en particulier le Parc Naturel Marin d’Iroise (PNMI) et ses acteurs, à travers l’exemple de l’île d’Ouessant. Nous espérons que cette brève immersion dans la protection du monde marin vous plaira.
Les aires marines protégées
Les AMP sont des zones délimitées en mer où des mesures de conservation de la biodiversité marine sont mises en place. Elles visent à préserver les écosystèmes marins et les espèces qui y vivent, tout en favorisant une gestion durable des activités maritimes, dépendantes de la bonne qualité du milieu marin. Pour ce faire, la création et la gestion des AMP s’appuient sur des études scientifiques et sont régulièrement évaluées. Différents acteurs, y compris les usagers, experts et élus, collaborent à la gestion de ces espaces. Les AMP se caractérisent par la conservation de la biodiversité, la réglementation des activités humaines, ainsi que par une gestion et une surveillance menées par les autorités nationales et locales.
En France, il existe 11 catégories d’AMP, comprenant des parcs marins, des réserves marines, des sanctuaires marins et des zones de gestion de la pêche. Ce sont des outils essentiels pour la conservation de la biodiversité marine et la gestion durable des ressources océaniques. Elles contribuent à la protection des récifs coralliens, des herbiers de posidonie, ainsi que d’espèces en voie de disparition, comme le puffin des Baléares en Atlantique et en Méditerranée, et le dugong à Mayotte. De plus, elles œuvrent à la sauvegarde du patrimoine culturel, y compris les techniques de pêche traditionnelles, tout en soutenant des activités durables en collaboration avec différents acteurs socio-économiques.
Deux AMP majeures sont retrouvées en Bretagne : la réserve naturelle nationale des Sept-Îles et le Parc Naturel Marin d’Iroise (PNMI). La réserve naturelle nationale des Sept-Îles, située au large de la côte de granit rose, représente la deuxième réserve naturelle la plus étendue de France avec 20 000 ha, après la réserve naturelle des Bouches de Bonifacio de 80 000 ha. Le PNMI est le premier parc marin établi en France, il s’étend à l’ouest de la pointe finistérienne et couvre 350 000 ha.

Pascal Provost
Pascal Provost travaille comme conservateur au sein de la réserve naturelle nationale des Sept-Îles depuis 12 ans. Nous avons eu l’occasion de le rencontrer pour discuter du fonctionnement et des acteurs impliqués dans cette AMP.
La réserve naturelle nationale des Sept-Îles est une réserve historique, la priorité numéro 1 est la biodiversité. En 2023, cette réserve couvrant 280 ha a été étendue à près de 20 000 ha, faisant d’elle la deuxième plus grande réserve naturelle française. Or, mettre en place une expansion d’une telle ampleur n’a pas été une mince affaire puisqu’il faut allier protection de la biodiversité et activité du territoire. Cette catégorie d’AMP nécessite des liens forts avec l’État au travers des élus et avec la recherche scientifique afin de trouver des terrains d’entente et des questionnements communs.
Le rôle des élus a du poids dans ce genre projet, la mise en place d’arguments solides démontrant la nécessité de mesures de protection appropriées sont donc essentielles. Les recherches scientifiques pour apporter les connaissances nécessaires et évaluer les différentes pressions, notamment les activités humaines au regard de cet habitat sensible, sont cruciales. Au vu des diagnostics effectués, les mesures mises en place ne freinent que très peu les activités professionnelles marines. Seule la zone autour des côtes de l’île de Rouzic, qui représente un des espaces les plus riches de l’hexagone en termes de diversité, à des mesures renforcées avec 130 ha de surface interdite durant 5 mois chaque année.
L’objectif n’est pas de bloquer les accès des activités humaines à cette réserve naturelle mais bien d’associer intelligemment conservation et ressource. Mettre en place une réserve naturelle est une vision à long terme qui vise à préserver la biodiversité actuelle et à transmettre ce patrimoine aux générations futures.
Un zoom sur Ouessant et le PNMI

Claire Laspougeas
Claire Laspougeas, travaille au Parc Naturel Marin d’Iroise (PNMI) en tant que chargée de mission. Nous avons eu l’occasion d’échanger ensemble sur le fonctionnement d’un parc marin au travers des différents acteurs qui entrent en jeu dans cette catégorie d’AMP.
Le PNMI est le premier parc naturel marin de France, créé en 2007 il vise à trouver un équilibre entre préservation de l’environnement et activités durables. L’ensemble des acteurs prenant part à ce projet, tels que les usagers, les élus, les associations de protection de l’environnement, les scientifiques, etc, sont associés afin de se concerter pour prendre des décisions lors de conseils de gestions. Le but d’un parc naturel marin est de travailler en collaboration avec les acteurs des activités économiques comme la pêche afin de de construire des diagnostics partagés, permettant de conserver la biodiversité et de rendre les activités plus durables.
Des évaluations diverses sont menées par les membres du parc marin qui ont des missions diverses tels que du comptage de phoques ou d’oiseaux, des tests de la qualité des eaux, des embarquements sur des bateaux de pêches et de la médiation scientifique. Ces évaluations permettent de déterminer certaines zones plus sensibles dans lesquelles il est nécessaire de stopper les activités pour laisser la biodiversité se développer comme dans les forêts de laminaires. En prenant l’exemple de ces forêts, le parc marin permet entre autres d’étudier plus précisément cet habitat en mettant en évidence des nouvelles connaissances et en discutant avec les usagers.
Les acteurs
Pour mieux comprendre l’influence du PNMI, de ces initiatives et la manière dont il est perçu sur l’île d’Ouessant, nous nous sommes penchés sur les différents acteurs qui y prennent part. Ceux-ci sont nombreux et variés, allant d’experts scientifiques tels que Claire Laspougeas à Perrine Dugal, résidente à Ouessant en pleine création de sa ferme aquacole, passant par des acteurs économiques dans le secteur de la pêche comme Gurvan Grunweiser, Ondine Morin et Jean-Denis Lepape ainsi que dans le secteur touristique et/ou scientifique avec l’office du tourisme, le Centre d’Etude du Milieu d’Ouessant (CEMO), le club de plongé dirigé par Bertrand Terkowsky et la découverte des côtes en kayak avec Breval Crenn. Nous avons pu rencontrer certains de ces acteurs socio-économiques situés au cœur de cette île et nous vous invitons ainsi à découvrir les personnes qui se cachent derrière ce terme “acteur” au travers de leurs interviews.
Et pour la suite …?
À travers cet article, nous avons souhaité mettre en lumière la collaboration au sein du PNMI, illustrant ainsi certains des acteurs présents dans les AMP. Les interviews menées nous ont apporté un point de vue différent des connaissances que nous avons acquises par nos recherches. Elles ont permis de mettre en lumière l’importance de chaque acteur dans le bon fonctionnement de ces zones mais aussi le manque de collaboration directe entre ceux-ci et le PNMI. Notamment avec Olivier et Goulwen qui ont souligné le partage de connaissances qu’ils aimeraient tirer des études menées dans le parc mais aussi Perrine qui estime que la sensibilisation sur l’île d’Ouessant pourrait être améliorée. Elle pense à l’installation de panneaux et l’organisation de balades éducatives mettant en avant le PNMI et sensibilisant les résidents et visiteurs sur l’importance de préserver cette biodiversité. De nombreuses opportunités d’améliorations sont possibles et nécessitent des études socio-économiques plus approfondies afin de favoriser un partenariat plus étroit entre les différentes parties, dans le but de conserver au mieux cette biodiversité.

Annaëlle Anquet
2ème année en Master de Biologie Marine

Arthur Dauvergne
1ère année en Master de Biologie Marine

Hugo Le Gac
1ère année en Master de Biologie Marine

Fanny Ferron
2ème année en Master de Biologie Marine
Office de tourisme
L’office de tourisme d’Ouessant, plongée au cœur de Lampaul, accueille les visiteurs pour les guider au mieux dans leur séjour sur l’île. Nous les avons interviewés pour mieux comprendre leur relation avec le Parc Naturel Marin d’Iroise. L’appartenance de l’île au PNMI n’est pas particulièrement mise en avant par l’office de tourisme, qui se concentre sur des conseils pour les visiteurs concernant les sites à explorer ou les meilleurs endroits pour la pêche à pied. Seulement un tiers des visiteurs sont au fait de la situation de l’île en temps que parc marin naturel. Cependant, l’office de tourisme a constaté que, de manière générale, les visiteurs avaient une prise de conscience écologique et respectaient naturellement la faune et la flore de l’île.
Gauthier Vanhile
Gauthier Vanhile, étudiant en première année de master EGEL (Expertise et Gestion de l’Environnement Littoral) à l’IUEM, est actuellement en stage de botanique au CEMO. Il nous a partagé son expérience sur l’île pour mieux comprendre la situation et les activités du CEMO dans le PNMI. Tout d’abord, le CEMO est une association qui occupe un bâtiment appartenant au Parc Naturel Régional d’Armorique (PNRA), qui œuvre pour la préservation de la biodiversité en menant des études scientifiques et des actions de vulgarisation et de sensibilisation pour les plus jeunes. Le PNMI est l’un des principaux commanditaires des études sur le milieu insulaire de Ouessant. A titre d’exemple, le sujet de stage de Gauthier porte sur l’étude phytosociologique des plantes d’Ouessant, avec pour objectif d’analyser les communautés de plantes et leurs interactions. La finalité de cette étude est de fournir des outils de gestion pour les différents sites étudiés, afin de permettre une meilleure conservation de la biodiversité. Les études menées ont des objectifs concrets et mènent à des actions locales, comme l’étude sur la décharge d’Ouessant, située à l’est de l’île, qui a abouti à la purification de la zone par l’évacuation des déchets et la réintroduction de plantes sur le site.
Olivier Le Gall et Goulwen Riou
Olivier Le Gall et Goulwen Riou, deux salariés de la société Algue et mer et du consortium Solabia, nous ont reçu pour nous parler de leur métier au sein de cette entreprise. Algue et mer s’est spécialisée dans la culture et l’exploitation d’algues, ils se sont notamment distingués dans la culture novatrice de l’algue rouge Asparagopsis armata, communément appelée “Harpon de Neptune”. Les sites de cultures utilisés dépendent des Affaires Maritimes (AFFMAR) qui travaillent en collaboration avec le PNMI. Chaque site de culture est composé de lignes de captages (cordes) installées pour l’hiver permettant aux algues de s’y accrocher et de se développer. L’été venu, les lignes sont sorties de l’eau pour la récolte et pour être préparées en vue de la saison suivante. Les algues récoltées sont ensuite transformées en sirop, qui trouve notamment des applications dans la fabrication de produits cosmétiques par des entreprises comme NividiSkin, ainsi que dans le secteur agroalimentaire. Olivier et Goulwen ont souligné un manque de collaboration entre l’entreprise et le PNMI, qui opèrent actuellement de manière indépendante malgré la volonté des deux parties d’améliorer leur communication et leur partenariat.
Perrine Dugal
Perrine Dugal, résidente de l’île d’Ouessant, développe actuellement son activité dans l’ostréiculture et la mytiliculture. Elle nous a partagé comment son futur projet d’exploitation s’intègre dans le PNMI ainsi que son point de vue en tant que résidente sur ce parc marin.
Perrine Dugal prévoit de se lancer dans la production d’huîtres et de moules sur l’île d’Ouessant, une initiative considérée comme expérimentale dans cette zone, d’autant plus qu’elle souhaite utiliser une technique innovante encore peu connue en France. Ce projet marquerait la première exploitation de ce genre sur l’île, ce qui renforce la motivation de Perrine et fait d’elle un nouvel acteur au sein du PNMI. Son objectif est de vendre directement ses produits aux restaurants, sur les marchés locaux et aux résidents de l’île. Cependant, en raison de son implication dans le parc et de son caractère expérimental, plusieurs exigences, parfois complexes et fastidieuses, doivent être respectées pour pouvoir concrétiser son projet. Par exemple, il est nécessaire de mener des études sur la biodiversité des zones sélectionnées, de réaliser des relevés phytosanitaires, et d’utiliser des bouées répondant à des critères spécifiques afin de réduire la pollution visuelle pour les touristes.
Au-delà de son projet entrepreneurial, Perrine nous a partagé son envie de voir une implication plus marquée du PNMI dans la vie de Ouessant. Elle souhaite que la biodiversité riche et variée de l’île soit mieux valorisée afin que les résidents et les visiteurs soient davantage sensibilisés à cette richesse.


